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Se faire ambassadeur pour son pays
Première partie, Cécile Latour
Il y a quelques années, à Hanoi, je m’apprêtais comme ça à parler à des universitaires en sciences politiques concernant Les joies et défis de nos relations avec la superpuissance américaine, quand l’interprète qui traduisait la présentation faite par le doyen en était à la conclusion habituelle « …et maintenant, mesdames et messieurs, j’invite l’ambassadeur du Canada à vous adresser la parole… Madame Céline Dion! »
Je vous jure que c’est la vérité. À l’instant même, un tonnerre de rires éclata dans la salle, les étudiants comprenant d’emblée comment l’erreur avait pu se glisser… Cécile, Céline, de toute évidence l’interprète, rouge jusqu’à la racine des cheveux, avait tenté de se rappeler mon nom par association avec la diva.
Inutile de vous dire que j’étais la première à la trouver drôle et probablement la première à peser la sagesse de ce lapsus. Partout dans le monde, Céline Dion se révèle une ambassadrice pour le Canada. Soit, elle n’est peut-être pas l’ambassadrice la plus « cérébrale » qu’on puisse souhaiter, mais peu de Canadiens se montrent plus convaincants quand il s’agit de projeter l’image de la culture canadienne et un attachement profond à leurs origines. Céline Dion est si fièrement canadienne que seuls les castors et les orignaux s’avèrent de meilleurs emblèmes.
Faire connaître le Canada dans le monde, c’est d’abord ça, porter fièrement le drapeau, mais c’est davantage bien sûr. Se faire ambassadeur pour son pays, c’est définir et traduire une image du Canada – une image honnête qui nous ressemble, entendons-nous – mais aussi une image qui se veut bénéfique aux intérêts canadiens. Du point de vue touristique par exemple, chaque fois qu’on suscite de l’intérêt à visiter les coins du Canada que nous aimons tant. Ou chaque fois qu’on se fait l’avocat de nos universités qui se comparent favorablement à bien des universités américaines, à meilleur prix. Ou l’avocat du Canada comme étant un lieu avantageux pour investir en Amérique du Nord. Ou lorsqu’on laisse à réfléchir aux valeurs canadiennes telles le respect de la diversité et de la paix qui nous ont mérité une qualité de vie enviée par bien des peuples.
Dans notre exposé aujourd’hui – et je souligne ici que l’exposé de Diane et le mien se complètent l’un l’autre– elle et moi nous vous entretiendrons de la façon de définir et de communiquer cette image du Canada auprès de nos hôtes et de nos invités étrangers. Or le noyau des messages que nous communiquerons tient d’abord et avant tout de notre identité collective et des valeurs collectives qui nous distinguent. C’est donc là que je débuterai.
La recherche de notre identité s’apparente à l’histoire même du Canada. Bousculés par deux grands frères, la Grande-Bretagne et les États-Unis, nous avons eu peine à nous affirmer comme nation indépendante.
Pendant près de trois siècles, en dépit de l’apport des Premières Nations, le territoire qui devint le Canada fut essentiellement une nation biculturelle, même si la paix entre ses citoyens français et anglais était parfois entrecoupée d’escarmouches. Même après la Confédération, la politique étrangère du Canada resta fermement liée à la mère patrie pendant la plus grande partie du premier siècle suivant. Nos emblèmes d’ailleurs attestaient de ces liens. Notre drapeau était celui de l’Angleterre et notre hymne national était le God Save the Queen.
Ce n’est qu’après la Deuxième Guerre mondiale que le Canada commença à s’affirmer par rapport à l’Angleterre quant à ses politiques nationales et extérieures. Conscients de la contribution marquante du Canada à la guerre, les Canadiens affichèrent désormais une nouvelle confiance nationale et un nationalisme commença à poindre. Cependant, au moment où les Canadiens commençaient à se faire une identité distincte de celle de la mère patrie, les pressions commencèrent à monter du côté américain pour calquer nos politiques canadiennes au modèle américain façonné par la guerre froide.
Fort heureusement, Lester B. Pearson, le premier ministre qui allait se mériter le Prix Nobel de la paix pour avoir conçu et mis sur pied la première mission de maintien de la paix, refusa de jouer le pantin. Au contraire, il saisit l’occasion pour énoncer une vision distincte de celle de la politique étrangère américaine et ce faisant, posa les jalons qui allaient définir l’identité canadienne.
Dans une allocution devenue célèbre, il affirma à un auditoire américain que l’intérêt premier du Canada était « la paix », que notre deuxième intérêt était « le bien-être et la prospérité du peuple canadien – un objectif inséparable du bien-être et de la prospérité des autres peuples » et finalement, « un attachement profond aux valeurs chères aux Canadiens et issues de leur histoire ».
Cette démarche prit place dans les années 1960. Peu de temps après, toujours sous le leadership de Pearson, le Canada proclama le O Canada comme hymne national. Ainsi donc, en dépit de l’influence américaine dans les années d’après-guerre, ou plus précisément, en réponse à l’influence américaine, le Canada développa une identité qui lui est propre.
Une identité, à mes yeux, c’est l’expression d’une personnalité – la personnalité collective d’un pays, il va de soi. Et comme c’est le cas de toute personnalité individuelle, une identité nationale existe généralement en trois versions : l’identité que les autres nous attribuent, l’identité que nous croyons avoir et l’identité que nous avons vraiment.
Bon nombre d’étrangers perçoivent le Canada comme le pays des trois M the Moose, the Mountains and the Mounties – avec peut-être un 4e M pour les plus sophistiqués – Margaret Atwood. On se rappellera le grand auteur et philosophe Voltaire qui résuma le Canada à « quelques arpents de neige ».
L’hebdomadaire anglais The Economist décrivit un Canadien comme un « Américain sans arme, avec assurance-maladie », alors que l’auteur britannique Douglas Adams s’amusant à caractériser quelques pays personnifia les « États-Unis, comme des adolescents récalcitrants; l’Australie, comme Jack Nicholson; et le Canada, - j’espère que la comparaison vous plaira autant qu’à moi - comme une femme intelligente de 35 ans. »
Plusieurs personnalités canadiennes ont énoncé leur propre vision. Pour l’artiste haïda, Robert Davidson, le « Canada est un bon milieu pour se retrouver seul ». La célèbre auteure acadienne, Antonine Maillet, dépeint les Canadiens comme « un peuple inspiré par ses rêves – le rêve de devenir ce que chacun veut devenir ». Le Premier ministre, Mackenzie King, affirma que « le Canada est un pays avec trop peu d’histoire et trop de géographie » L’historien Arthur Lower décrivit le Canada comme un « parcours interminable pour canoteurs » auquel Will Ferguson ajouta que le Canada est « une carte des Premières Nations tracée non pas à l’encre sur papier mais plutôt à l’aviron sur écorce ». Sur le même thème, Pierre Burton affirma avec bravade qu’un « Canadien est quelqu’un qui sait faire l’amour dans un canot ». Plus sérieusement sinon modestement, John Kenneth Galbraith, le grand économiste canadien qui servit de conseiller à plusieurs présidents américains, déclara que « le Canada est la conscience du continent ». Noblesse oblige!
Quand ils parlent d’eux-mêmes, les Canadiens se montrent un peu plus humbles. Vous vous rappellerez peut-être que dans les années 1970, Radio Canada lança un concours dont le défi était de transposer le dicton américain « As American as apple pie » pour le Canada, c’est-à-dire, de trouver la comparaison qui évoque le mieux notre caractère national. La réplique gagnante – un peu trop cynique à mon goût – fut « Aussi Canadien que possible ».
Un autre concours, mieux pensé cette fois et lancé à nouveau par le réseau anglais de Radio Canada, démontra que les Canadiens tiennent passionnément à des centaines de lieux sacrés qui incarnent, à leurs yeux, le Canada par excellence. Le concours de 2007 visant à identifier les Sept merveilles du Canada transporta l’imagination des Canadiens bien au-delà de leur réserve habituelle et motiva des milliers à révéler leur cri du coeur. 25 000 nominations furent soumises de même que plus d’un million de votes. Non seulement ce remue-méninges alimenta-t-il un dialogue révélateur de l’âme canadienne comme on n’en avait jamais vu, mais il intensifia notre fierté nationale et de là, la conscientisation de notre identité.
Pour un peuple qui trop souvent se définit par la boutade – « en tout cas c’est différent que d’être Américain! », les superlatifs ne manquaient plus pour affirmer les réalités et le symbolisme de ces lieux et phénomènes privilégiés. Somme toute, le choix final des sept merveilles importa moins que l’affirmation collective de ce qui fait notre fierté. Qu’on favorise des métaphores telles l’igloo, le canot ou le Quai 21, le portail des immigrants qui posent leur premier pas en terre canadienne, ou qu’on se fasse l’avocat de sites géographiques comme le Cap-Breton, les chutes Niagara ou les montagnes Rocheuses, chaque soumission dévoila quelque chose de nous-mêmes, quelque chose révélateur de notre identité collective.
Un autre concours de Radio Canada en révéla tout autant quant à nos valeurs collectives. Vous vous rappellerez peut-être le défi qu’on nous lança d’identifier le meilleur Canadien de notre histoire? Au cas où vous ayez oublié, Tommy Douglas, à qui l’on attribue le système d’assurance-santé au Canada, remporta la 1ère place. De fait, trois des dix finalistes, Tommy Douglas, Terry Fox et Banting – inventeur de l’insuline – se méritèrent notre estime collective par leur souci du bien-être des Canadiens.
Trois autres finalistes et chefs de file, Pierre Elliott Trudeau, Lester B. Pearson et David Suzuki, symbolisent respectivement notre ouverture d’esprit face à la diversité, notre engagement au maintien de la paix et notre responsabilité collective envers notre environnement. Graham Bell rendait hommage à nos inventeurs alors que Sir John A. MacDonald, le premier de nos premiers ministres et père de la Confédération, symbolisa l’unité du pays dans sa détermination à construire le légendaire chemin de fer transcontinental. Les deux dernières étoiles dans ce firmament étaient Wayne Gretzky et Don Cherry pour nous rappeler qu’au Canada, le hockey est quasiment une religion.
Fait à remarquer, neuf de nos dix héros nationaux se sont mérités leurs jalons pendant les 50 dernières années. Ce qui souligne, n’est-ce pas, que notre identité nationale évolua, bel et bien, après la Deuxième Guerre mondiale.
Dans un sondage qui visait à identifier les institutions qui font l’objet de plus de fierté auprès des Canadiens, le système d’assurance-santé, le programme gouvernemental le plus populaire depuis trois décennies, se classa premier alors que la Société Radio-Canada et le maintien de la paix se classèrent respectivement en deuxième et en troisième positions.
Ce que tout cet épanchement d’émotions et de fierté révèle, c’est que les Canadiens ont beaucoup plus d’identité que la boutade « différent que d’être Américains » suggère. On peut manquer de mots quand il s’agit de définir notre identité collective, mais la passion ne nous manque pas pour affirmer ce que nous aimons et bomber la poitrine en glorifiant nos héros et leurs réalisations.
Ces réalisations, je m’empresse d’ajouter, nous définissent tout autant s’ils traduisent Rivière-du-Loup ou Saint-Boniface au Manitoba. Diane, dans son exposé, parlera justement de la riche diversité du Canada et laissez-moi souligner que nos réalités régionales importent tout autant pour définir qui nous sommes que les valeurs et croyances qui nous sont communes.
Passons maintenant, si vous le voulez bien, aux caractéristiques qui définissent la place que le Canada occupe dans le monde ou, si vous préférez, les caractéristiques qui nous distinguent comme Canadiens sur la scène mondiale. Vous serez d’accord avec moi, je crois, pour mettre en tête de liste, notre engagement au multiculturalisme et notre foi indissociable en l’égalité de tous les Canadiens. Au même titre, je mettrais également l’importance que nous accordons à la résolution pacifique des conflits.
La politique de multiculturalisme préconisée par Pierre Elliott Trudeau en 1971 fait toujours la fierté de bien des Canadiens malgré ses nombreux défis. « Le sentiment d’appartenance, disait Trudeau, tient à la conviction que nous vivons dans une société dans laquelle la langue, la race, le sexe et la scolarisation ne servent pas à nous diviser mais plutôt à nous rendre plus sensible et ouvert à notre diversité. »
C’est à cette politique d’appartenance et de diversité qu’il faut attribuer l’accueil d’un quart de million d’immigrants par année soit, cumulativement, l’équivalent de la population totale de l’Autriche, en moins d’un demi-siècle.
Les immigrants disent souvent se sentir bienvenus au Canada. Bien d’autres pays exigent que leurs immigrants renoncent à leur allégeance à leur pays d’origine, mais pas le Canada qui reconnaît le vécu de ses immigrants comme étant une riche contribution de traditions et de culture constituant cette unique mosaïque canadienne servant d’exemple au monde entier.
Si vous voulez étonner vos hôtes et invités étrangers, demandez-leur quelle langue est la plus parlée au Canada après le français et l’anglais, les langues des pays fondateurs. Peu de gens, je vous l’assure, sauront qu’il s’agit du chinois, que ce soit le mandarin ou le cantonnais.
Ou encore, dites-leur que nous avons comme gouverneur général, une immigrante afro-américaine de première génération, occupant un des trois postes les plus élevés au Canada. Même en Europe qui se veut libérale, cette réalité est impensable. Pensez-y un moment, un Haïtien d’origine à la place de Sarkozy ou d’Angela Merkel? Aux États-Unis, il a fallu le désastre engendré par l’administration Bush pour enclencher l’impensable transformation sociale qui s’est opérée pour porter au pouvoir le premier président afro-américain. Bien sûr, et la différence est très importante, notre gouverneur général est nommé plutôt qu’élu. Mais je suis certaine de ne pas me tromper en affirmant qu’Adrienne Clarkson et Michaëlle Jean n’auraient jamais pu se mériter le poste de chef d’État sans le caractère inclusif de notre société et notre conviction collective, ancrée dans notre politique de multiculturalisme, qu’à chacun d’entre nous, toutes les réalisations sont permises, y compris la réalisation de devenir le chef d’État du pays.
Combien de fois avons-nous repéré le drapeau canadien cousu au sac à dos d’un voyageur étranger? Y a-t-il meilleure évidence de la bonne volonté engendrée par l’engagement du Canada à la paix dans le monde?
Je fais bien sûr référence à notre contribution au maintien de la paix mais je tiens à souligner que notre contribution ne s’arrête pas à notre participation aux nombreuses missions des Nations Unies.
Tout aussi valable sinon moins connue et moins tangible est l’énorme contribution du Canada à deux conventions internationales, l’une pour bannir les mines qui mutilent chaque année des milliers de non combattants et la deuxième, pour poursuivre en justice les criminels de guerre.
Rappelons-nous d’abord que la contribution purement volontaire du Canada, pour défendre la liberté, dans les deux guerres mondiales s’avéra peut-être la plus importante de toutes les démocraties. Près de 10 % de la population de 7 millions de Canadiens servit dans les forces armées pendant la Première guerre; plus de 120 bateaux de guerre et plus de 15 000 soldats canadiens participèrent au débarquement en Normandie.
Avec raison, nous sommes fiers du fait qu’avec une population qui fait moins de 1% de la population mondiale, nos soldats canadiens ont participé à plus de 45 missions du maintien de la paix en moins de cinquante ans. Le maintien de la paix est cher au coeur des Canadiens en dépit des multiples sacrifices qu’il impose à nos soldats et à leurs familles.
Les événements tragiques du 11 septembre ont détruit toute illusion à l’effet que la sécurité d’un pays peut se faire d’une manière indépendante des autres pays. Les guerres elles-mêmes ont changé; les guerres traditionnelles entre pays étant devenues moins fréquentes alors que les conflits intérieurs ont augmenté en flèche. On estime que depuis les années 1970, 90 % des pertes de vies en combats armés ont eu lieu dans les guerres civiles et 90 % de ces pertes de vie ont été celles des non combattants. Pour cette raison, le Canada s’est fait un fervent avocat de mesures préventives visant à sécuriser les peuples dans leurs besoins primordiaux plutôt que le règlement de conflits par la force.
Cet objectif a motivé les efforts canadiens pour établir la Cour pénale internationale dont le but est d’assurer que les génocides et les crimes contre l’humanité ne demeurent pas impunis, une étape cruciale à la reconstruction de la paix dans les sociétés anéanties par la guerre. Sans justice, il ne peut y avoir de réconciliation et sans réconciliation, il ne peut y avoir de paix durable. La Cour pénale internationale est le tribunal où des chefs militaires ignominieux du Soudan, du Congo et de l’Ouganda seront jugés après des efforts soutenus de la Cour pour les dépister et les faire comparaître, un défi de longue haleine.
Finalement, la Convention internationale contre les mines antipersonnelles a maintenant été ratifiée par plus de 150 pays grâce à une initiative et une campagne prolongée de la part du Canada. On estime que depuis 1975, plus d’un million de personnes ont été mutilées par l’explosion de mines qui demeurent éparpillées dans les champs et forêts et ce, des années après la cessation des hostilités.
Presque toujours, les victimes sont des non combattants. Les pays signataires de cette convention se sont engagés à détruire leur stock de mines et à retirer les mines qu’ils ont eux-mêmes implantées dans un laps de temps donné. Cette convention est le traité humanitaire le plus important qui fut négocié au cours des dix dernières années même si des puissances importantes comme la Chine et les États-Unis ne comptent pas encore parmi les 150 pays signataires.
Autant nous sommes fiers du rôle du Canada au maintien de la paix, autant devrions-nous l’être du rôle joué par le Canada pour établir ces deux conventions qui visent à limiter les horreurs des guerres.
Notre contribution à ces deux traités est sans doute plus difficile à mesurer que la taille de nos missions au maintien de la paix. Mais si l’on pense à la haine que peuvent générer des actes inutiles et inhumains comme l’abus des prisonniers de guerre, pour prendre un exemple ponctuel, on valorise davantage l’importance de limiter les horreurs de la guerre.
Ayant touché à plusieurs sujets, je vais m’arrêter et laisser Diane prendre la relève si vous me permettez une dernière remarque.
Être un bon ambassadeur de son pays ne tient pas uniquement à égrener la liste de ce qui fait notre fierté. Bien au contraire, nous avons tout autant à apprendre des autres et cet apprentissage fait justement partie du métier d’ambassadeur. Le Canada accuse un retard marqué sur l’Europe et le Japon pour la protection de l’environnement et selon le Conference Board of Canada, nous perdons du terrain pour la productivité, pour la recherche et l’innovation de même que pour l’investissement étranger au Canada sans compter que nos statistiques économiques qui ont souvent fait l’envie d’autres pays du G-8 sont à la baisse dues à l’incidence élevée des sans-abri. Le plus grand défi conclut le Conference Board est que les Canadiens aiment se reposer sur leurs lauriers. Il y a donc beaucoup de questions à poser et beaucoup d’écoute à faire.
Voilà quelques éléments de « mon » répertoire qui nourrissent mes conversations avec nos hôtes et ambassadeurs étrangers selon les circonstances. Votre répertoire, j’en suis sûre, est aussi riche mais sans doute différent parce que vos intérêts et votre expérience diffèrent. Ce qui importe pour tout ambassadeur est de collectionner faits et récits, authentiques bien sûr, qui nous définissent comme Canadiens et qui définissent le Canada. Je pense entre autre à Will Ferguson, oracle extraordinaire pour tout ce qui est canadien et raconteur extraordinaire comme il s’avère dans Beauty Tips from Moose Jaw que je vous invite à lire. Je pense aussi à mon amie Cathy de Saskatoon qui chaque été va faire du canot avec un groupe d’amies et qui raconte qu’au moment choisi, quand la journée s’est avérée particulièrement gratifiante pour ne pas dire exaltante de liberté, se plante droit comme un piquet et entonne, avec ses amies, le O Canada à gorge déployée. Voilà ce que c’est que d’être ambassadeur de son pays – bâtir son répertoire de récits et faire entendre sa voix jusqu’au bout du monde.
Deuxième partie, Diane Roy
Merci Cécile et maintenant je vais continuer de définir ce rôle d’ambassadeur du Canada afin d’ajouter à ce que tu as si habilement énoncé.
En tant que membres de la Force de l’Amitié nous voyageons dans le monde comme ambassadeurs et nous accueillons des membres de divers pays. Diverses facettes de la vie des Canadiens intéressent nos hôtes et nos invités. Les questions posées par nos interlocuteurs varient selon leurs intérêts, leur expérience de vie, les événements qui se déroulent dans leur pays ou les lectures qu’ils ont faites sur le Canada. Nos réponses à leurs questions contribuent grandement à créer ou à changer leur perception du Canada.
En avril dernier j’ai participé à un échange trans-canadien avec le club d’Izmir en Turquie. Les membres de l’échange représentaient des clubs d’un peu partout au Canada et étaient d’origines ethniques diverses. Les réponses aux questions de nos hôtes variaient selon le membre qui répondait.
Nos origines et notre lieu de résidence ont toujours un impact sur notre vision du Canada.
Mon hôtesse était avocate et mon hôte professeur à l’université. Elle s’intéressait beaucoup à notre système judiciaire et lui à notre système d’éducation. Nous passions des soirées à discuter et à comparer ces deux systèmes dans nos pays respectifs et pour moi cela fait partie du rôle d’ambassadeur. Il y avait la question du financement des universités, la nomination des juges à la cour suprême et les critères de sélection, les matières obligatoires au curriculum du secondaire, toutes ces questions avaient de l’importance aux yeux de mes hôtes. Mon hôtesse était soucieuse de connaître les droits des femmes, le pourcentage de femmes députées au parlement, le nombre de femmes à la Cour suprême. Savoir présenter son pays à l’étranger n’est pas toujours tâche facile et il faut rendre la réalité telle qu’elle est et non telle que nous souhaiterions qu’elle soit. Ce que l’on considère comme étant du progrès dans un pays ne l’est pas nécessairement dans un autre et vice-versa.
Je n’oublierai jamais la discussion que j’ai eue avec mon hôte à Sydney concernant l’élection des sénateurs en Australie. Il ne pouvait comprendre pourquoi le premier ministre du Canada avait toujours le pouvoir de nommer les sénateurs et il voyait ceci comme étant un traitement de faveur. Cette question était assez épineuse à traiter et je dois avouer que je n’avais pas de réponse qui le satisfasse.
Parfois nous devons discuter de nos anachronismes politiques et prendre conscience de nos lacunes et de nos faiblesses. Nous devons aussi prendre position et énoncer nos opinions concernant ces lacunes.
J’aime beaucoup répondre à la question qui revient souvent concernant la maternité au Canada et le congé accordé aux nouvelles mamans. Le Canada est perçu comme étant un pays où la maternité est encouragée et où l’employeur, grâce à une politique fédérale, accorde un congé d’un an aux nouvelles mamans. Je crois que notre pays est à l’avant-garde dans ce dossier. Notre système de garderies et d’enseignement préscolaire ainsi que la maternelle à temps plein font en sorte que nous sommes des leaders dans le monde nous permettant d’assurer un dépistage précoce et une intervention dès le jeune âge auprès des enfants ayant des difficultés d’apprentissage. Mon hôtesse en Afrique du Sud s’intéressait beaucoup à ce dossier.
Ma bonne amie Eleonore de Cherry Hill, New Jersey aime me taquiner à propos des cadeaux qu’ils reçoivent souvent du Canada. Il s’agit des bernaches du Canada et du courant froid qui leur apporte un climat plus frais. Je lui dis toujours que nous aimons partager nos beaux oiseaux et qu’il faudrait qu’elle vérifie afin de constater que le courant froid descend peut-être de l’Alaska. Nous passons toujours un bon moment à rigoler lors de cette petite discussion. Elle m’a rendu visite durant un mois de février et elle a constaté ce qu’était un vrai courant froid apportant un froid sibérien. Elle a bien aimé nos paysages d’hiver et l’abondance de neige au sol.
Les membres de la Force de l’Amitié de partout dans le monde nous parlent toujours du sport national des Canadiens, le hockey. Les Canadiens mangent du hockey l’hiver, ils y jouent, ils regardent les matchs à la télé, ils écoutent les matchs à la radio, ils suivent le progrès de leurs joueurs préférés dans les journaux. Les gens nous posent souvent des questions sur l’organisation des équipes de hockey pour les jeunes et les moins jeunes et nous interrogent sur les techniques utilisées dans ce sport. En 2005 nous avions un échange avec un club du Chili. Nos hôtes avaient entendu parler du repêchage de Sidney Crosbie, un adolescent de Cole Harbour en Nouvelle-Écosse, par le club des Pingouins de Pittsburgh. Nos amis chiliens désiraient connaître nos prédictions pour ce jeune joueur et semblaient inquiets, vu son jeune âge, à savoir s’il terminerait sa première saison. J’aurais bien aimé connaître l’avenir afin de leur dire que ce jeune joueur a dépassé toutes les attentes et a établi un record en comptant 100 buts pendant sa première saison avec la LNH. L’année suivante il devint le premier adolescent à mener le peloton des joueurs pour le nombre de buts comptés pendant une saison. Seul Wayne Gretzky avait réussi cet exploit en 1980. Il remporta donc le trophée Art Ross. L’an dernier il fut le capitaine le plus jeune de l’histoire du hockey à conduire son équipe à la victoire de la coupe Stanley. Le hockey est reconnu comme étant un sport violent et ce depuis 1904 où quatre joueurs sont décédés pendant une seule saison au Canada. Ils ne portaient pas d’équipement protecteur comme nos joueurs d’aujourd’hui, mais en tant que Canadiens nous ne sommes pas fiers de cette violence au hockey. Par contre, les pénalités augmentent et deviennent plus lourdes de conséquences.
Le curling est un sport bizarre aux yeux des gens des autres pays, surtout des pays chauds, où les gens semblent croire qu’il ne s’agit vraiment pas d’un sport mais plutôt d’une partie de plaisir. En tant qu’adepte de ce sport je puis affirmer qu’il s’agit d’un exercice assez exigeant où l’on doit faire de grands efforts, faire preuve de concentration soutenue et démontrer une coordination constante. Si ce n’était du curling, les soirées seraient longues dans les Prairies, dans les Maritimes et dans plusieurs villes au Canada. Nous retrouvons des clubs de curling un peu partout au pays et les adeptes reconnaissent qu’il s’agit aussi d’une façon de socialiser pendant les longs mois d’hiver. Les équipes nationales canadiennes de curling se distinguent dans le monde. Brad Gushue et son équipe de Terreneuve ont remporté la médaille d’or aux jeux d’hiver de 2006 et l’équipe défendra ce titre aux olympiques de Vancouver à l’hiver 2010. Qui de nous peut oublier la victoire de Glenn Howard et son équipe de Coldwater en Ontario lors du championnat du monde à Edmonton en 2007. Jennifer Jones et son équipe ont remporté le championnat mondial à Vernon, CB en 2008.
Le ski est un sport très populaire au Canada, que ce soit le ski alpin ou le ski de fond. Les montagnes Rocheuses, les Appalaches, les Laurentides et les montagnes Bleues attirent les skieurs et les planchistes de partout. Nos skieurs canadiens se sont démarqués lors de plusieurs compétitions mondiales et nos amis de plusieurs pays se rappellent les « Crazy Canucks », Nancy Greene Raine, Kathy Kreiner, Laurie Graham, et plusieurs autres. Nos yeux seront rivés à notre poste de télé lors des olympiques de Vancouver, afin de suivre Éric Guay de Mont-Tremblant et l’équipe nationale de ski. Ils s’entraînent présentement à Portillo, au Chili, là où nos hôtes du club chilien pratiquent ce sport chaque hiver.
Nos sports d’hiver font partie de la vie quotidienne au Canada pendant la saison froide et contribuent à l’identité canadienne. En pratiquant chacun de ces sports nous profitons des paysages et des beautés de l’hiver et nous nous maintenons en forme.
Lorsque nous visitons d’autres pays nos hôtes nous posent toujours des questions concernant cette particularité de la résidence secondaire au Canada, soit le chalet. Les gens des pays au sud du Canada savent que l’été ici est de courte durée et que les Canadiens aiment en profiter au maximum en passant du temps près d’un plan d’eau à s’adonner à la natation, à l’aviron ou à faire des promenades en bateau sur nos nombreux lacs. Que les Canadiens louent un chalet, connaissent des riverains ou soient propriétaires, tous s’entendent pour dire qu’ils aiment raconter des anecdotes de pêche ou des histoires de feu de camp et ils apportent souvent des photos pertinentes dans leurs petits albums de photos lors des échanges.
Lors de nos échanges je crois qu’il y a toujours un temps propice pour vanter les vins canadiens. Les vignerons canadiens ont fait beaucoup de progrès depuis vingt ans. Malgré le fait que l’on cultive la vigne depuis 1811 en Ontario, c’est grâce à l’entente du libre-échange avec les États-Unis que le Canada a pu importer des vignes européennes. Les vignerons ont donc arraché les vignes indigènes à l’Amérique du Nord pour les remplacer par des vignes européennes. Depuis ce temps les vignobles ontariens et ceux de la Colombie-Britannique produisent des vins blancs, des vins rouges et des vins de glace de grande qualité. Il y a environ 170 vignobles au Canada en ce moment. Nous retrouvons d’excellents vins dans la vallée de l’Okanagan en Colombie-Britannique surtout à Kelowna, à Penticton et à Oliver. Plusieurs prix ont été décernés à ces vins. Les vins au Canada sont classés selon l’appellation VQA afin d’assurer la qualité des produits des vignerons canadiens. Le vin de cépage vidal, vendange tardive a gagné plusieurs prix et est très apprécié par nos hôtes lors des échanges.
Les gens des autres pays avec lesquels nous effectuons des échanges sont toujours très intéressés à nos ressources naturelles soit le mazout, le gaz naturel, nos métaux précieux et nos métaux de base. Le Canada est présentement le plus important fournisseur de mazout aux États-Unis et ceci depuis l’exploitation des sables bitumineux d’Athabaska en Alberta. On nous pose souvent la question de l’impact environnemental de cette exploitation à ciel ouvert et je dois dire qu’il n’y a pas de réponse facile. La recherche saura-t-elle faire en sorte que les techniques d’extraction du mazout limiteront les émissions des gaz polluants, on n’en sait rien. En Alberta un emploi sur cinq est relié à l’exploitation des sables bitumineux. Le prix élevé de l’or et du cuivre fait en sorte que les mines canadiennes sont en plein essor. À cause de son développement accru, la Chine est l’importateur principal du cuivre et de plusieurs autres métaux canadiens.
Les artistes canadiens de la chanson sont reconnus mondialement. Les Anne Murray, Diana Krall, KDLang, Bruce Springsteen, Michael Bublé, Avril Lavigne, Nelly Furtado, et plusieurs autres encore connaissent une grande popularité à l’étranger. N’oublions pas David Foster, compositeur, producteur et interprète qui a composé plusieurs chansons pour Céline Dion ainsi que la trame sonore de plusieurs films. Luc Plamondon a connu un succès retentissant à Paris et dans d’autres villes européennes avec ses pièces musicales telles Notre-Dame de Paris. Souvent à l’étranger nous entendons les interprètes canadiens dans les cafés, à la radio ou à la télé.
Lorsque nous présentons les interprètes canadiens de musique classique à nos hôtes ou à nos invités il nous est toujours difficile de faire une sélection car nous avons tellement de talents chez-nous. Des prodiges comme Yannick Nézet-Séguin et Alain Trudel, chefs d’orchestre de renommée mondiale et lauréats de plusieurs prix ne cessent d’étonner les mélomanes de partout. Qui ne saurait apprécier la voix de Karina Gauvin, de Richard Margison, de Michael Schade, de Gino Quilico ou de Ben Heppner dont les rôles à l’opéra se multiplient dans toutes les grandes villes du monde. Parfois nos artistes sont mieux connus à l’étranger qu’ici, de là l’importance pour nous de les connaître et de les faire connaître.
On dit qu’une image vaut mille mots et c’est ce nous ont prouvé deux immigrants de l’Arménie devenus des photographes canadiens célèbres. Yousuf Karsh, portraitiste, et son frère Malak reconnu pour ses photos de paysages et de fleurs, ont fait connaître le Canada et la capitale nationale par l’ensemble de leur oeuvre. Yousuf Karsh a photographié des personnes célèbres de plusieurs pays et souvent à la demande de ces derniers. La photo, prise par Malak, des billots flottant sur la rivière des Outaouais au pied de la colline parlementaire a orné notre billet d’un dollar jusqu’à son retrait de la circulation par la Monnaie royale canadienne. On retrouve plusieurs photos de personnages célèbres canadiens prises par Yousuf Karsh au musée de la photo à Ottawa. Malak fut l’un des fondateurs du Bal des tulipes à Ottawa. Les clubs de la Force de l’Amitié d’Ottawa aiment bien recevoir d’autres clubs lors de ce festival.
Dans la salle d’exposition des peintres canadiens, au Musée des beaux-arts d’Ottawa, nous retrouvons des toiles des membres du Groupe des Sept et de Tom Thomson. Nos invités sont toujours ébahis par la vision de ces artistes et leur courage d’innover afin de bien rendre les paysages sauvages canadiens. Emily Carr, artiste de la Colombie-Britannique et auteure, a immortalisé sur canevas les peuples indigènes de la côte Ouest. Nous y retrouvons aussi des toiles de grands peintres tels que Jean-Paul Lemieux, Jean-Paul Riopelle, Henri Masson, Marc-Aurèle Fortin, Stanley Cosgrove, René Richard et j’en passe. Leurs toiles transmettent de façon visuelle l’immensité et la beauté de notre pays. Christopher et Mary Pratt de Terreneuve ont ajouté une nouvelle dimension à l’art canadien.
Cette année le Cirque du Soleil célèbre ses 25 ans d’existence sous le thème Que le rêve continue. Lors de ses débuts en 1984 le cirque ne comptait qu’une vingtaine d’amuseurs de rue. Aujourd’hui le Cirque du Soleil compte 4 000 employés venant de 40 pays dont 1 000 sont des artistes gymnastes. Il est à noter que 90 millions de personnes dans 200 villes sur cinq continents ont assisté à ces représentations. Pendant cette année du 25e anniversaire, 19 spectacles différents sont présentés simultanément un peu partout dans le monde. Guy Laliberté et son cirque ont reçu d’innombrables accolades et prix et, pour ce 25e anniversaire, il a choisi une mission dans l’espace avec un but social, celui de venir en aide à l’organisme qu’il a lui-même fondé One Drop Foundation qui cherche à rendre l’eau potable accessible à tous.
Afin de bien décrire la vie de tous les jours au Canada, le livre Un jour dans la vie des Canadiens illustre à la perfection comment vivent monsieur et madame tout le monde ainsi que leurs enfants. Il s’agit d’une collection de photos prises sur le vif le 8 juin 1984 par une centaine de photojournalistes professionnels d’un peu partout, invités à venir dans les dix provinces et les territoires afin d’exercer leur métier pendant 24 heures. Ce livre en est le résultat, une collection de photos de gens faisant ce qu’ils font tout naturellement, tous les jours dans leur milieu. Le défi était de taille puisqu’il s’agissait du deuxième plus grand pays sur la planète. Voilà ce qu’est l’esprit canadien, la diversité canadienne.
Lorsque nous tentons de présenter le Canada aux gens d’ailleurs il est d’une importance capitale de parler de diversité, d’ethnies différentes, de métiers différents, de cultures différentes car ce sont tous ces citoyens qui forment notre pays tel que nous le connaissons.
Il nous a fait plaisir à Cécile et à moi de partager notre vision de notre beau pays et je reprends la conclusion de Cécile, « il faut se construire un répertoire d’histoires et d’anecdotes afin d’illustrer ce qu’est le Canada et de chanter sa gloire ».
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